Axe technologique du Big data par Berger-Levrault

Axes technologique, juridique et éthique du Big data par Berger-Levrault

Big data : axe technologique

Du Big data à l’Open data

Bonjour Mustapha Derras. Vous êtes Directeur de la Recherche et de l’Innovation chez Berger-Levrault. Pouvez-vous revenir sur votre société puis sur ses travaux en termes de Big data et d’Open data ?

« Berger-Levrault est éditeur de solutions de gestion et de contenus utilisés par les acteurs publics dans leurs métiers centraux afin de les accompagner à servir au mieux les usagers dans leur vie quotidienne » répond spontanément Mustapha Derras. Notre mission consiste à rapprocher les citoyens et les administrations en intervenant dans tous les temps forts de la vie citoyenne : état civil, santé, enseignement, social, justice, élections... Nous nous sommes fixés comme objectif d’accélérer la dynamique des nouveaux usages publics. Big data et Open data sont logiquement deux thématiques fortes de nos actions de recherche et développement. Nous occupons par ailleurs la 12ème place des éditeurs français, avec un CA de 126 millions en 2015 et notre part à l’international - au Canada, en Espagne, au Maroc et en Belgique - est passé de 0 à 25 % en seulement 4 ans grâce à notre expertise unique.

Jusqu’alors nous observions des jeux de données nous apportant des informations métier pour construire des indicateurs à valeur ajoutée ; ce qu’on appelle communément de la business intelligence. Mais en agrégeant des sources très hétérogènes, et de manière massive à partir d’une acquisition multi-sources et multi-capteurs, nous arrivons à des techniques prédictives basées sur des modèles dit inductifs. « Pour nous, le Big data c’est avant tout le soubassement technologique d’un sujet plus vaste en lien avec l’actualité des établissements publics sur des données publiques : l’Open data » précise alors Mustapha Derras. D’un point de vue technologique, il n’y a pas de différence entre Big data et Open data : les outils d’analyse, de visualisation, de reporting et de publication sont équivalents. 

A ce jour, l’Open data est géré via data.gouv.fr qui est la plateforme ouverte des données publiques françaises ; je pourrais vous parler longuement de la définition technologique du Big data selon ses 5V - et non selon les 3 communément mentionnés (ndlr : Volume, Vitesse, Variété, Valeur et Véracité) - mais je préfère vous parler des usages mis en œuvre par Berger-Levrault qui sont bien plus parlants.

Big data et pouvoirs publics

Big data et Open data restent des sujets d’experts donc selon vous M. Derras ? Pourriez-vous nous expliquer comment se déroule la collaboration entre Berger-Levrault et les pouvoirs publics ?

Certains usages du Big data sont finalement assez simples à comprendre. Prenez un thermomètre qui mesure une température de 17°C dans un local. Une chaudière devrait normalement s’allumer puisque nous sommes au-dessous de sa consigne de 19°C. Mais en utilisant l’Internet des Objets, l’IoT - à partir de milliers de capteurs de températures d’automobiles connectées par exemple - couplé avec un algorithme météorologique, alors vous pourriez prédire qu’il fera 22°C dans moins d’une heure et donc que la chaudière doit finalement rester éteinte. « C’est ça le Big data : tenter de prédire ce qui va se produire à l’aide de modèles prédictifs basés sur une acquisition multi-sources / multi-capteurs » synthétise finalement l’expert.

La principale problématique chez Berger-Levrault est que les administrations publiques sont bien plus complexes que dans cet exemple. Leurs données sont souvent structurées mais non contextualisées, et mises à jour avec une fréquence faible si nous comparons à un industriel ou, a fortiori, à un éditeur de logiciels organisé pour du Big data. En effet, les administrations et collectivités ont énormément de priorités à gérer parmi lesquelles les enjeux du Big data ne sont pas évidents à percevoir et à appréhender. Les contraintes techniques sont, quant à elles, difficiles à traiter malgré toutes les bonnes volontés que nous rencontrons quotidiennement chez les élus.

Un point positif est que les pouvoirs publics peuvent influencer le choix de standards technologiques. Par exemple, la gestion de la mobilité dans une ville est cruciale. Les villes détiennent de nombreuses données utiles pour du Big data. Mais beaucoup sont aussi détenues pas des acteurs privés ayant parfois délégation de service public : ligne de tram, taxi, stations de vélos, rail… Un opérateur central neutre et fiable à l’échelle de la municipalité, de l’agglomération ou de la métropole peut agréger et unifier toutes ces datas en tant que tiers de confiance. Le fort découpage administratif de la France, avec des pouvoirs territoriaux forts est un avantage, ne l’oublions pas, pour le Big data sur les données publiques. 

D’ailleurs, le projet de loi sur la République Numérique attendu en juin 2016 va clarifier les règles pour les administrations publiques et territoriales concernant la diffusion de leurs données ce qui est une excellente nouvelle pour les citoyens.

Réalisations Big data par Berger-Levrault

A ce propos, pourriez-vous revenir sur une ou deux réalisations concrètes de Big data et d’Open data par Berger-Levrault auprès des pouvoirs publics ?

Nous essayons d’imaginer les usages de demain, avec des réalisations pragmatiques, rendus possibles grâce aux traitements massifs et prédictifs de multi-sources de données. Récemment à Montpellier, nous avons lancé un travail de recherche avec l’IRD (ndlr : Institut de Recherche pour le Développement) ayant pour objectif une cartographie prédictive des eaux de ruissellement. Nous nous appuyons sur des algorithmes mathématiques et sur une fusion de données permettant de recouper  des images Haute-Définition de drônes avec une base Open data fournie dans le cadre du programme Ecocité de la Métropole de Montpellier. « L’idée est de réaliser des projets urbains, innovants et durables, grâce à un programme de l’État baptisé ‘Ville de demain’. Berger-Levrault travaille dans cette démarche novatrice en matière de durabilité urbaine » indique le directeur des programmes de recherche.

Nous travaillons aussi sur un projet intéressant pour les citoyens puisqu’il vise à optimiser les dépenses budgétaires des municipalités. Ce projet est réalisé en lien avec le syndicat national des collectivités territoriales. Un outil Big data, très orienté business intelligence, a été développé pour récupérer et analyser les millions de données des collectivités territoriales sur la petite enfance, sur les services de sports, sur les dimensions et consommations des piscines... Ainsi, les adhérents du syndicat peuvent se comparer entre eux. Un élu d’une ville entre 10 000 et 20 000 habitants peut benchmarker les performances énergétiques de sa piscine municipale. Les plans d’actions se compteront prochainement par milliers grâce à cet outil unique au monde. Nous sommes acteur de la business intelligence pour la ville : la smart city

Nous avons aussi récemment gagné un appel d’offre Big data auprès d’une grande municipalité pour réaliser des indicateurs de mobilité au travers de différentes couches d’Open data. Une carte interactive va prochainement simplifier la vie de ces habitants : localiser une mairie annexe ou tout autre service public  se fera en un instant depuis un smartphone. Nous simplifions la vie des citoyens comme cela n’a jamais été possible. Le logiciel SaaS e.Enfance par exemple en est aussi un excellent exemple. La France avait déjà des services publics très efficaces mais nous préparons déjà l’étape suivante. 

Pour y arriver, nos effectifs R&D comptent à ce jour plus de 300 collaborateurs dont un service est exclusivement dédiée aux problématiques de Big data. Nous n’en sommes qu’au début, car il y a peu de temps encore, les établissements publics n’avait pas autant besoin de performance et d’optimisation. Nous sommes clairement passés de la phase de la business intelligence à l’exploitation massive du Big data… 

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