Les nouvelles organisations du travail qui dessinent les contours de l’entreprise de demain

par Axelle Drack, le 06/04/2021
Nouvelles organisation du travail

Télétravail, full remote, flex office, desk sharing, corpoworking, portage salarial, semaine de 4 jours : ces nouvelles organisations du travail sont-elles en train de révolutionner le monde du travail, ou sont-elles des tendances passagères ?

Bien que cette question soit légitime, il s’avère que ces modes de travail alternatifs sont des réponses logiques aux envies et besoins des individus qui ont évolué, et particulièrement ceux des jeunes générations : 

  • plus d’autonomie,
  • plus de flexibilité,
  • plus de mobilité,
  • et plus de sens.

La crise sanitaire de 2020 a ensuite considérablement accéléré l’adoption de ces modes de travail, peut-être pour le long terme ?

Découvrez le fonctionnement de ces nouvelles formes d’organisation du travail, et quels sont les avantages qui en découlent pour votre entreprise et vos salarié·es.

Le télétravail : vers une normalisation

La crise sanitaire étant passée par là, tout le monde a de gré ou de force expérimenté ou entendu parler du télétravail, ce mode d’organisation qui permet d’effectuer sa journée de travail en dehors des locaux de l’entreprise.

Si le télétravail faisait déjà partie de la culture de certaines entreprises avant l’arrivée de la Covid-19, pour beaucoup, cela a été une nouveauté de le mettre en place.

Aujourd’hui encore, certaines entreprises restent 100 % télétravail en attendant que la situation s’améliore, tandis que d’autres ont opté pour un modèle de travail hybride entre télétravail et présentiel.

👍 Les avantages du télétravail

Pour les collaborateurs·rices :

  • réduction du temps passé dans les transports,
  • plus d’autonomie dans l’organisation,
  • meilleure concentration,
  • diminution du stress et de la fatigue.

Pour l’entreprise :

  • possibilité de passer au flex office et de réaliser des économies,
  • réduction de l’absentéisme,
  • augmentation de la productivité et de l’engagement des salarié·es,
  • amélioration de la marque employeur.

👎 Les risques du télétravail

Pour les collaborateurs·trices :

  • poste de travail non adapté qui altère la santé,
  • environnement de travail qui ne favorise pas la concentration (animaux, famille, travaux, etc.),
  • risque d’isolement.

Pour l’entreprise :

  • augmentation des risques liés à la cybersécurité,
  • difficulté de communication avec les salarié·e·s,
  • investissement dans des outils.

💡 Quelques conseils

  • mettre en place des moments de lien et d’échange,
  • s’équiper des bons outils collaboratifs,
  • organiser la transition.

Le full remote : le télétravail poussé à l’extrême

Le full remote, c’est quand 100 % du temps de travail s’effectue en dehors des locaux d’une entreprise.

On distingue :

  • le full remote temporaire, comme en ce moment avec la crise sanitaire ;
  • le full remote pour certain·es salarié·es seulement, avec le reste des effectifs qui travaille dans les bureaux ;
  • du full remote en tant que norme d’organisation pour une entreprise, c’est-à-dire que tous·tes les employé·es sont en dehors des locaux, allant bien souvent de pair avec la suppression totale des locaux.

👍 Les avantages du full remote

Pour les collaborateurs·trices :

  • élimination les contraintes et temps passé dans les transports,
  • autonomie dans la gestion du temps,
  • liberté dans la mobilité,
  • augmentation du bien-être.

Pour l’entreprise :

  • les économies réalisées grâce à la réduction ou fermeture des bureaux,
  • des salarié·es plus épanouis, autonomes et productifs.

👎 Les risques du full remote

Pour les collaborateurs·trices :

  • la frontière entre vie pro et vie perso peut s’estomper,
  • la réduction des interactions sociales entre collègues,
  • l’isolement peut mener à un certain mal-être.

Pour l’entreprise :

  • risque de perdre le lien,
  • le mal-être de certains salariés.

Le desk sharing : des salarié·es sans bureau fixe

Le desk sharing est une pratique qui consiste à ne pas attribuer de bureau aux salarié·es, qui choisissent où s’installer le matin en arrivant.

Cette pratique a émergé dans les cabinets de conseil et les entreprises avec beaucoup de leurs salarié·es en mobilité, laissant des bureaux inoccupés la plupart du temps. À l’heure où les prix de l’immobilier sont de plus en plus élevés, prévoir un bureau pour chaque collaborateur·rice alors que les effectifs ne sont jamais présents à 100 % le même jour, était une mauvaise optimisation de l’espace et des coûts associés.

opensourced workplace

© open sourced workplace

Aujourd’hui, avec la généralisation du télétravail et l’émergence de nouveaux modes de travail (plus de réunions, travail en mode projet, etc.), le desk sharing est de plus en plus adopté par les entreprises, à mesure que le taux d’occupation des locaux diminue d’année en année.

En Île-de-France, on estime que le taux d’occupation des bureaux est passé de 50 % à 60 % en 2020, contre 80 % il y a encore quelques années.

Aussi, la culture de la hiérarchie avec le privilège du bureau tend à disparaître. Désormais, salarié·es, managers, et directeurs·rices travaillent dans le même espace.

💡 Le desk sharing peut également faire référence à la sous-location d’une partie inoccupée des bureaux à une ou plusieurs autres entreprises pour mutualiser les coûts.

👍 Les avantages du desk sharing

Pour les collaborateurs·rices :

  • des échanges de travail facilités,
  • du lien se crée avec les autres équipes.

Pour l’entreprise :

  • des économies financières dues au gain d’espace,
  • la favorisation du travail collaboratif,
  • un esprit d’entreprise renforcé.

👎 Les risques du desk sharing

Pour les collaborateurs·rices :

  • la perte de repères,
  • le transport du matériel s’il n’y a pas de casiers.

Le flex office : la flexibilité s’invite dans les bureaux

Le flex office est une organisation flexible de l’espace en entreprise, et par conséquent des modes de travail.

L’objectif ? S’adapter plus facilement aux besoins et usages des collaborateurs·rices en :

  • éliminant la propriété d’un bureau comme pour le desk sharing,
  • tout en prévoyant différents types d’espaces que chacun pourra investir en fonction de ses besoins… ou de ses envies.
L'Express entreprise

© L’Express entreprise

Pourquoi le flex office peut-il être intéressant ?

Sur une semaine type, les collaborateurs·rices ont généralement plusieurs types de besoins à remplir pour mener à bien leurs différentes missions :

  • des moments de calme et de concentration quand il faut produire, par exemple la rédaction d’un article, le code d’une fonctionnalité ou la création d’une maquette d’interface) ;
  • des moments de créativité et de collaboration avec d’autres personnes pour innover, faire émerger de nouvelles idées, etc. ;
  • des moments d’appel téléphonique avec l’extérieur, avec un client ou un prestataire, qui nécessitent de s’isoler pour entendre son interlocuteur·rice et ne pas déranger les autres ;
  • des moments d’échanges informels lors d’une pause déjeuner.

Finalement, c’est une optimisation financière de l’espace qui tient compte du bien-être des collaborateurs, et une réponse à la difficulté de prévoir l’appropriation des espaces de travail par les salarié·es.

💡 On peut même étendre la notion de flex office au fait de pouvoir occuper différents espaces lieux de travail (coworking, télétravail à la maison, café, bureau, etc.).

👍 Les avantages du flex office

Pour les collaborateurs·rices :

  • des espaces adaptés à leurs besoins,
  • les changements fréquents d’environnement peuvent stimuler le bien-être et la créativité.

Pour l’entreprise :

  • favorisation de la collaboration et de la créativité pour plus d’innovation,
  • adapté au mode projet,
  • une meilleure productivité.

👎 Les risques du flex office

Pour les collaborateurs·rices :

  • la perte d’un espace personnalisé,
  • l’impossibilité de trouver une place dans l’espace voulu,
  • le transport du matériel s’il n’y a pas de casier à disposition.

Pour l’entreprise :

  • la résistance au changement qui rend parfois compliquée sa mise en place.

💡 Quelques conseils pour sa mise en place :

  • menez une conduite du changement en bonne et due forme,
  • incluez les collaborateurs·trices dans la réflexion de l’aménagement,
  • faites-vous aider de professionnels.

Le portage salarial : avantages du salariat et de l’entrepreneuriat

Le portage salarial est un type d’emploi hybride, situé à mi-chemin entre salariat et entrepreneuriat.

Voici comment cela fonctionne :

  • l’entrepreneur·e trouve une mission auprès d’un client et fixe ses honoraires, sans avoir besoin de créer un statut d’autoentrepreneur ou de société,
  • elle·il signe un contrat de travail (CDD ou CDI) avec une entreprise de portage,
  • l’entreprise se charge de toutes formalités administratives auprès de l’entreprise cliente (facturation, assurance, modalités du contrat de prestation, etc.),
  • la·le « porté·e » effectue sa mission en toute autonomie, en profitant des avantages de son contrat (fiche de paie, mutuelle santé, CE, tickets restaurants, etc.).
Guide du portage

© Guide du portage

Le recours au portage salarial devrait suivre une progression spectaculaire dans les prochaines années, quand on voit le nombre de nouveaux indépendants chaque année.

Depuis 10 ans, le nombre de personnes en indépendant a augmenté de 145 %… et ce n’est pas près de s’arrêter.

👍 Les avantages du portage salarial

Pour les collaborateurs·rices :

  • exercer une activité en toute autonomie,
  • tout en profitant des avantages du salariat,
  • une situation plus stable qui permet d’ouvrir des droits au chômage ou d’accéder plus facilement au crédit.

Pour l’entreprise cliente :

  • pas de charges salariales à payer,
  • flexibilité du travail en fonction de l’activité (comme pour l’intérim).

👎 Les risques du portage salarial

Pour les collaborateurs·rices :

  • des frais à régler à l’entreprise de portage salarial,
  • parfois besoin d’effectuer un minimum de chiffre d’affaires,
  • la nécessité de trouver soi-même des missions.

Le corpoworking : un espace de coworking au bureau

Le corpoworking, pour corporate et coworking, est la mise en place d’un espace de travail sur le modèle d’un espace de coworking dans l’enceinte d’une entreprise.

Voici les codes qu’il emprunte au coworking :

  • l’accent mis sur les échanges et la collaboration,
  • l’accessibilité à des intervenant·es extérieur·es,
  • un aménagement favorisant le confort, le bien-être, la convivialité et la créativité,
  • l’hébergement d’événements et d’ateliers.

CO &Axial

© CO &Axial

👍 Les avantages du corpoworking

Pour les collaborateurs·rices :

  • permet de créer du lien social,
  • casse la routine du quotidien,
  • stimule la créativité,
  • offre des opportunités d’apprentissage.

Pour l’entreprise :

  • travailler la marque employeur,
  • donner vie à un espace non utilisé,
  • favoriser l’intelligence collective et l’innovation,
  • disposer d’un lieu idéal pour le lancement d’un projet et la pratique du brainstorming.

👎 Les inconvénients du corpoworking

  • nécessite d’avoir l’espace nécessaire,
  • représente un investissement,
  • présente un risque pour la confidentialité,
  • doit être géré et animé.

La semaine de 4 jours : un virage à 180°

Travailler 4 jours par semaine en maintenant son salaire : une utopie ? Et pourtant, certaines entreprises qui ont sauté le pas ne semblent pas vouloir revenir en arrière vu l’impact positif sur le bien-être des salariés et sur la productivité.

Selon une étude de l’ADP, 50 % des français·es interrogés préfèrent travailler plus longtemps, mais sur 4 jours, que pendant 5 jours.

Comment ces entreprises s’organisent-elles ? Voici quelques exemples :

  • réduire le temps de travail à 6 h par jour,
  • travailler 32 h par semaine sur 4 jours (comme le fait l’entreprise LDLC par exemple),
  • travailler 35 h par semaine sur 4 jours,
  • offrir le vendredi quelques mois dans l’année (l’entreprise Love radius le fait de mai à août), etc.

💡 La semaine de 4 jours ne signifie pas nécessairement de fermer l’entreprise une journée par semaine. Bien souvent, un roulement est effectué entre les collaborateur·rices afin d’assurer la continuité du service.

👍 Les avantages de la semaine de 4 jours

Pour les collaborateurs·rices :

  • répond à un vrai besoin de flexibilité et d’avoir du temps pour soi,
  • contribue au bien-être.

Pour l’entreprise :

  • permet de lutter contre le présentéisme,
  • une hausse de la productivité (l’entreprise Microsoft au Japon a vu augmenter sa productivité de 40 % après avoir donné leur vendredi aux salarié·e·s).

👎 Les risques de la semaine de 4 jours

Pour les collaborateurs·rices :

  • si la journée est plus longue, cela peut ne pas convenir à l’emploi du temps de tout le monde (par exemple, s’il faut aller chercher les enfants à l’école).

Pour l’entreprise :

  • nécessite de repenser toute l’organisation pour assurer le roulement.

Le management doit s’adapter aux nouveaux modes de travail

Ces nouveaux modes d’organisation révolutionnent la perception du travail et les manières de travailler, concrétisant des valeurs de plus en plus chères aux salarié·es, particulièrement les jeunes générations.

Leur mise en place est rendue possible par la digitalisation des entreprises, mais pas que. En effet, réorganiser son entreprise sans repenser le management pour l’adapter, augmente considérablement le risque d’échec.

La mise en place de ces nouvelles organisations du travail enlève une certaine rigidité tout en donnant un cadre aux collaborateurs·rices, qui leur permet de :

  • gagner en autonomie,
  • prendre des initiatives,
  • s’épanouir,
  • gagner en compétences,
  • libérer leur créativité, etc.

Plutôt que de céder à la tentation d’espionner vos salarié·es à distance pour vérifier qu’ils font bien leurs heures effectives de travail, construisez une relation basée sur la confiance en leur confiant des objectifs, tout en les laissant s’organiser pour les atteindre. Assurez-vous aussi qu’ils sont armés de toutes les compétences et des outils dont ils ont besoin.

Ce type de management participatif ou par l’empowerment des salarié·es, permet de concilier croissance et bien-être au travail :

  • en libérant les potentiels,
  • en innovant,
  • et en étant toujours plus agile.

En effet, dans un contexte de plus en plus incertain, ce sont généralement les entreprises faisant preuve de plus d’agilité qui s’en sortent le mieux

Et vous ? Avez-vous déjà adopté une nouvelle forme d’organisation du travail ? Si oui, qu’avez-vous mis en place et cela a-t-il fonctionné ?